Les vertus de l’échec de Charles Pépin

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Présentation de l’auteur

Charles Pépin est un philosophe, écrivain et journaliste français né en 1973. Ses romans sont traduits dans plus de 20 pays. Son essai : les vertus de l’échec est un condensé de sagesse dans lequel l’auteur nous apprend comment vivre ses échecs et surtout, comment les utiliser pour mieux réussir. De façon assez surprenante, il nous apprend également comment vivre ses réussites pour ne pas s’endormir…
L’écrivain fait un tour d’horizon vraiment très intéressant de plusieurs célébrités telles que Charles de Gaule, Steve Jobs, Serge Gainsbourg, Charles Darwin, Roger Federer, André Agassi, Winston Churchill, Thomas Edison ou encore Barbara. A la question : « Qu’ont-elles toutes en commun », il répond : « Elles ont toutes connu des succès éclatants, oui, mais pas seulement. Elles ont échoué avant de réussir. Mieux : c’est parce qu’elles ont échoué qu’elles ont réussi. » Voilà qui donne le ton!

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Professeur de philosophie au lycée, Charles Pépin s’étonne de voir à quel point les jeunes sont meurtris par leurs échecs. « C’est comme si on ne leur avait jamais dit qu’ils avaient le droit d’échouer et que c’était même le propre de l’Humain ». De fait, quand on y pense, tout ce que font les animaux est dicté par leur instinct. Ils n’ont qu’à obéir à leur nature pour ne pas se tromper. Ils savent, d’instinct ce qu’ils ont à faire et n’ont pas à tirer de leçon de leurs échecs. A l’inverse, l’Homme, en se trompant, en échouant, manifeste sa vérité d’Homme : « il n’est ni un animal déterminé par son instinct, ni une machine parfaitement programmée, ni un dieu ». Il peut échouer parce qu’il est un homme et qu’il est libre : libre se tromper, libre de se corriger, libre de progresser.

Chronique et résumé de « Les vertus de l’échec »

Chapitre 1 : L’échec pour apprendre plus vite – le problème français

Le monde du sport regorge d’exemples intéressants, mais prenons celui de Rafaël Nadal. A l’âge de 13 ans, il perd la demi-finale du tournoi de tennis des Petits As contre Richard Gasquet. Ce dernier est un jeune prodige que la presse surnomme « Le petit Mozart du tennis français ». Le monde du tennis affirme que jamais aucun joueur n’a atteint un tel niveau de maitrise à l’âge de 9 ans. Pourtant, Richard Gasquet n’atteindra jamais le niveau de Nadal. Pourquoi ?
« Il faut revenir sur le parcours de Nadal pour comprendre où s’est jouée la différence. Jeune, il a connu beaucoup d’échecs : des matchs perdus, une incapacité à maitriser la technique du coup droit classique. Après sa défaite contre Gasquet, Nadal rencontrera son adversaire à 14 reprises, il remportera les 14 matchs. On peut parier que Rafaël Nadal a appris plus en perdant la finale en 1999 qu’en la remportant. Et s’il n’avait pas échoué ? Et si, ne rencontrant quasiment pas l’échec il avait manqué de cette expérience du réel qui résiste et qui nous conduit à le questionner, à l’analyser ? Serait-il devenu celui que tout le monde connait? Les succès sont agréables mais ils sont souvent moins riches d’enseignement que les échecs. »

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Ce qui est vrai dans le monde du sport l’est également dans le monde scolaire. Mieux vaut échouer vite et se poser les vraies questions que réussir sans comprendre pourquoi : les progrès seront ensuite plus rapides. Dès lors qu’un échec est accepté et questionné, l’entrée dans un nouveau cours se fait plus aisément par l’échec que par le succès.

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Si cette vision des choses peut sembler évidente, elle est très minoritaire en France. Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Finlande ou en Norvège, les entrepreneurs, les figures politiques ou les sportifs aiment mettre en avant les échecs rencontrés au début de leurs carrières qu’ils arborent fièrement, comme des guerriers leurs cicatrices. Dans ce vieux pays qu’est la France, les hommes d’affaire se définissent par le diplôme qu’ils ont obtenu à l’âge de 20 ans, comme s’il leur donnait une identité (et une valeur) à vie.
En France, il ne s’agit pas de rater vite, au contraire, il faut réussir vite ! Comme s’il était possible (et souhaitable) de se mettre une fois pour toutes sur les rails de la vie professionnelle ! Les parcours respectifs de Gasquet et de Nadal semblent pourtant confirmer qu’il vaut mieux parfois, sortir des rails du succès et en sortir tôt.

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C’est une vertu de l’échec : il faut avoir déjà échoué pour savoir qu’on se relève, alors autant commencer tôt !

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A l’inverse de notre système qui pointe du doigt le jeune qui se trompe d’orientation, à Boston, on sélectionne les étudiants de médecine (trop nombreux) en privilégiant ceux qui ont déjà connu l’échec. Le profil le plus recherché est l’élève qui a déjà entrepris d’autres études avant de se rendre compte de sa méprise et de réfléchir sur son avenir. Avoir échoué jeune en France, c’est avoir échoué à se mettre sur les bons rails. Aux Etats-Unis, c’est avoir commencé jeune à chercher sa propre voie.
Finalement, ce que révèle le problème français, c’est que nous accordons trop d’importance à la raison et pas assez à l’expérience. Enfants de Platon et de Descartes, nous sommes trop rationalistes et pas assez empiristes. Or, l’expérience de l’échec est l’expérience de la vie même.

Chapitre 2 : L’erreur comme seul moyen de comprendre – une lecture épistémologique

Le philosophe et poète Bachelard définit ainsi le savant : « celui qui sait reconnaitre son erreur initiale et trouver la force de la rectifier ». Selon lui, les grands scientifiques sont comme nous : ils commencent par se tromper, par se faire des idées fausses sur les choses. Mais, au lieu de s’arrêter à leur première idée, ils mettent au point des expériences qui tendent à éprouver leur croyance. Et, en cas d’erreur, ils ont le courage de la rectifier humblement. Thomas Edison a ainsi déposé plus de mille brevets. Il a passé des nuits entières à ne dormir que 4 heures pour essayer d’inventer l’ampoule électrique : il a raté des milliers de fois avant d’y parvenir. On fait souvent l’éloge de sa volonté, mais c’est oublier qu’Edison était fasciné par tout ce que ses échecs lui apprenaient des lois de la nature. La persévérance des savants s’explique par le fait que chaque échec leur souffle quelque chose sur la nature des choses. La vertu de l’erreur est naturellement enseignée dans tous les laboratoires de recherche.

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Au contraire des laboratoires, les élèves qui échouent sont montrés du doigt, leurs mauvais résultats sont interprétés comme un manque d’intelligence ou comme une absence de travail. Ils pourraient pourtant être vus comme des étapes vers la compréhension. Il est quand même surprenant que le fait de se tromper soit perçu comme humiliant pour la plupart des élèves mais que les chercheurs du monde entier y voient un acte normal, formateur, nécessaire.
Le tennisman Stanislas Wawrinka s’est fait tatouer sur l’avant-bras gauche la citation de Samuel Beckett issue de Cap au pire : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail aigain. Fail better ». (« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux. »)

Chapitre 3 : La crise comme fenêtre qui s’ouvre – une question pour notre temps

« Trop souvent nous voyons l’échec comme une porte qui se ferme. Et si c’était une fenêtre qui s‘ouvre ? »
Cette vertu de l’échec s’expérimente dans tous les domaines. Ainsi, c’est en se penchant sur le corps humain lorsqu’il ne fonctionne pas que nous comprenons mieux comment il fonctionne. Il n’y a que lorsque nous nous retrouvons en panne en pleine campagne, que nous ouvrons le capot de la voiture pour chercher à comprendre son mode de fonctionnement. Chaque crash d’avion est accompagné d’une enquête indépendante qui apporte son lot de nouvelles connaissances. C’est parce que l’opération « Jubilee » de 1942 était un fiasco que le débarquement de Normandie a pu être réussi. C’est en se penchant sur la crise que traverse notre couple, que nous comprenons mieux ce que chacun attend de l’autre.

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« Les crises sont comme des fissures, elles laissent passer la lumière. Encore faut-il éviter de tomber dans la crispation et de se poser comme seule question : qu’ai-je perdu ? Il faut avoir la sagesse de se poser la question suivante : qu’est ce qui peut commencer, maintenant ? »

Chapitre 4 : L’échec pour affirmer son caractère – une lecture dialectique

Monique Serf a essuyé bien des revers avant de devenir la célèbre Barbara, elle a été huée par le public et engagée comme plongeuse dans un cabaret. Ses échecs ne l’ont pas détournée de sa vocation. Bien au contraire, c’est à leur contact qu’elle affirme son tempérament.

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« Les échecs peuvent avoir comme vertu de façonner le caractère, de se préparer à endurer d’autres échecs. »

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Si un échec est une occasion de comprendre pourquoi nous avons échoué, il peut aussi être l’occasion de mesurer son désir et de se rendre compte qu’il est plus fort que l’adversité. D’après Hegel, un esprit a besoin de son contraire pour savoir qui il est. C’est lorsqu’on confronte sa conviction a une conviction contraire qu’on en prend pleinement conscience. C’est d’ailleurs le principe d’une bonne dissertation : il faut qu’une antithèse vienne s’opposer à une thèse pour que cette dernière puisse montrer toute sa puissance.

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Un caractère s’affirme dans l’adversité, c’est ainsi que Michael Jordan l’exprime : « J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et je l’ai manqué. J’ai échoué encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi ». L’absence d’échecs nous prive peut-être de la possibilité d’affirmer notre caractère.

Chapitre 5 : L’échec comme leçon d’humilité – une lecture chrétienne?

Le mot humilié vient du latin « humilitas », dérivé de « humus » qui signifie « terre ». Echouer, c’est en effet souvent redescendre sur terre, cesser de se prendre pour Dieu. Les entraineurs savent bien qu’il n’y a rien de pire pour un champion que l’impression d’être intouchable. « Il faut souvent que l’athlète cesse de se croire supérieur pour le devenir vraiment. Il observera alors chaque adversaire en le respectant, n’en sous-estimera aucun, ne cessera jamais de se demander comment gagner. Et c’est grâce à cette attitude qu’il enchainera les victoires.»
Les savants, souvent, sont des personnes très humbles. Ce n’est pas un hasard, c’est parce qu’ils échouent sans cesse et passent leur vie à corriger des intuitions fausses. C’est précisément parce qu’ils savent accepter humblement l’échec qu’ils progressent tant dans le savoir.

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« Peu importe finalement, le nombre de fois que nous tombons, tant que nous nous relevons une fois de plus, tant que nous nous relevons plus sages ».

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Difficile d’écrire cela sans songer au chemin de croix de Jésus. Plus il chute, souffre, plus il se rapproche de Dieu. « Ce chemin de croix est l’acte fondateur du christianisme. Jésus tombe plus bas que terre et c’est pourquoi il monte au ciel… »

Chapitre 6 : L’échec comme expérience du réel – une lecture stoïcienne

« Mon Dieu, donne-moi la force d’accepter ce que je ne peux pas changer, la volonté de changer ce que je peux changer, et la sagesse de savoir distinguer les deux » : par cette prière, Marc Aurèle résume la sagesse stoïcienne. L’échec nous offre la chance de réaliser que nous sommes sans cesse confrontés au réel. Et que, dans ce réel, il y a des choses qui dépendent de moi, et des choses qui n’en dépendent pas. La sagesse stoïcienne commence par cette prise de conscience, si difficile à intégrer lorsque nous n’échouons pas. Or, cette distinction est souvent à l’origine de la réussite.

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L’expérience d’enseignant le confirme tous les jours : « L’élève qui refuse son échec, arguant que le professeur note « n’importe comment » ou glissant sa copie au fond de son sac pour n’y plus songer, ne prendra pas le temps de s’arrêter sur ce qui n’a pas marché. Au lieu de voir l’échec comme un mauvais moment à oublier au plus vite, apprenons à le considérer comme une chance de s’arrêter dans une vie trop hâtive. Le déni de l’échec s’apparente alors à un refus de saisir cette occasion. La sagesse stoïcienne nous propose au contraire une profonde acceptation de cet échec, qui dit toujours quelque chose de la nature du réel. »
Pour Marc Aurèle, l’échec n’est ni juste, ni injuste. Les forces du cosmos ne sont ni justes, ni injustes, elles sont, c’est tout. Il faut faire avec.

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Le juste et l’injuste ne sont que des interprétations humaines. Se plaindre du réel, c’est le fuir, se réfugier dans un jugement subjectif qui n’apporte rien.

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Ray Charles a perdu la vue à 7 ans et sa mère à 15. Auparavant, il avait assisté à la mort par noyade de son jeune frère. « J’avais le choix, raconte-t-il, m’installer au coin d’une rue avec une canne blanche et une sébile ou tout faire pour devenir musicien ». Ray Charles ne s’est pas plaint de son sort. Il a accepté toutes les épreuves qui ne dépendaient pas de lui pour s’employer à devenir un musicien et chanteur génial (ce qui ne dépendait que de lui et de sa volonté).

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« Face à un échec, comme face à une épreuve, la question n’est pas de savoir ce qui est juste ou injuste, mais si nous pouvons ou non en tirer une sagesse. L’échec lorsqu’il est là, ne dépend plus de nous. Seule dépend de nous la manière de le vivre. Nous pouvons pleurer sur notre sort injuste, ou voir l’échec comme une chance de rencontrer le réel. »
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Chapitre 7 : L’échec comme une chance de se réinventer – une lecture existentialiste

« L’existence précède l’essence » : cette affirmation de Sartre signifie que nous sommes libres d’exister et de nous rectifier tout au long de notre vie.
Mais il y a une autre façon de voir le monde, elle est dite parménidienne. Il s’agit alors de croire en l’essence (une volonté génétique divine) plus qu’en le devenir. Dans ce second cas, l’échec est mal vécu parce que nous croyons qu’il délivre une réponse sur ce que nous sommes. « Il faut voir autrement, et voir l’échec comme une occasion de nous réorienter, de rebondir. C’est alors prendre le parti du devenir.

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C’est une autre vertu de l’échec. Il ne nous rend pas nécessairement plus fort, plus humble ou plus sage, il peut juste nous permettre d’être disponible pour autre chose. »
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Si Charles Darwin n’avait pas échoué successivement dans ses études de médecine et de théologie, il n’aurait jamais embarqué pour ce voyage au long cours, si décisif dans sa vocation de savant et dans sa compréhension des mécanismes de l’évolution. Voilà ce que les lycéens devraient savoir au moment où ils sont tétanisés à l’idée de s’engager dans une direction. « Parce que, certains échecs sont, in fine, moins des impasses que des carrefours ».

Chapitre 8: L’échec comme acte manqué ou heureux accident – une lecture psychanalytique

Il est intéressant de voir l’échec comme un acte manqué au sens de la psychanalyse freudienne : un acte qui est en même temps raté et réussi. Raté d’un point de vue de l’intention consciente. Réussi d’un point de vue du désir inconscient. C’est au final, nous dit Freud, l’inconscient qui s’exprime. Ainsi, un lapsus est un acte manqué langagier : nous échouons à formuler ce que nous voulions exprimer, tandis que notre inconscient, se manifeste avec succès. De la même façon, nous pouvons nous efforcer à deviner la force de nos désirs secrets derrière nos actes manqués, comme derrière nos lapsus révélateurs.

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Que l’échec soit une réussite, c’est au final ce que nous montrent les produits qui furent des ratés avant de devenir des produits phares. Ainsi, la tarte tatin est le résultat d’un heureux accident, tout comme le champagne qui fut d’abord un accident de cuve, un vin manqué, trop sucré et acide. « Mais attention, pour que ces échecs deviennent des réussites, il faut avoir la sagesse de lâcher-prise et faire preuve d’un certain relâchement qui nous permette d’accueillir ce qui vient, ce qui n’est pas toujours simple ». Si les sœurs Tatin avaient jeté leur tarte à priori ratée, elles n’auraient jamais su qu’elles venaient de réussir un dessert culte.

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Les échecs peuvent donc être des accidents heureux. Mais la psychanalyse nous révèle aussi le contraire : certains succès sont des échecs. C’est le cas lorsqu’ils s’accompagnent d’une infidélité à nous-même que nous finirons par payer au prix fort par une dépression ou un burn-out par exemple. C’est ce que nous apprend l’exemple de Pierre Rey, directeur de journaux et auteur de best-sellers. Quand, au sommet de la gloire il tombe dans une dépression sévère, il commence une psychanalyse qui lui révèle que ses succès l’ont éloigné de son désir profond : celui de produire un vrai livre. Pas des romans de plage comme il en produisait régulièrement, mais un livre qui ajoute à l’édifice de la sagesse humaine, qui aide le lecteur à vivre. Dans ce cas, la dépression a donc eu comme fonction de lui montrer son désir trahi.

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On repère ici un excès de la vision anglo-saxonne de l’échec qui prétend pouvoir surmonter n’importe quel échec à force de volonté. C’est une folie de dire « quand on veut, on peut ». Il arrive même que l’échec arrive parce que nous avons trop voulu et pas assez questionné ce à quoi nous aspirions vraiment. « Réussir sa vie, ce n’est pas vouloir à tout prix, c’est vouloir, oui, mais dans la fidélité à son désir ».

Chapitre 9 : Rater, ce n’est pas être un raté – pourquoi l’échec fait-il si mal ?

Pour mieux vivre l’échec, il faut d’abord mieux le définir. L’échec n’est jamais celui de notre personne, il est celui d’une rencontre entre un de nos projets et son environnement à l’instant t. Evidemment, il faut chercher à comprendre pourquoi cette rencontre s’est mal passée : en avance sur notre temps, dans la mauvaise région… ? Quels étaient les défauts de notre projet ?

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L’échec est bien le « nôtre », mais n’est pas celui de notre « moi ». Nous devons l’assumer, mais sans nous identifier à lui.

Chapitre 10 : Oser, c’est oser l’échec.

À l’origine de toutes les belles réussites, on trouve une prise de risque, et donc, une acceptation de la possibilité de l’échec. Oser, c’est donc d’abord oser l’échec.

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L’angoisse que nous éprouvons au moment de faire un choix est normale puisqu’elle nous montre le pouvoir que nous avons sur le monde. Lorsque nous n’avons plus aucune possibilité d’action, ce n’est pas angoissés que nous sommes, mais désespérés. Ce qui nous effraie ou nous angoisse au moment de choisir, c’est notre liberté en vérité. Il nous faut donc un miminum d’audace pour oser agir. Cette audace ne nous libère pas de la peur, mais elle nous donne la force d’agir malgré elle !

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Charles Pépin a rencontré à de nombreuses reprises des jeunes cadres qui ont réussi leurs études brillamment, ont décroché un excellent job, et font carrière depuis une dizaine d’année sans heurt majeur. Ces jeunes gens ont la quarantaine, gagnent bien leur vie mais ont le sentiment de rater quelque chose dans leur vie. Dans leur discours, un terme récurrent: le process. Il semblerait qu’en dehors des résultats, ces cadres soient évalués sur la façon d’y parvenir, autrement dit, sur le respect des procédures. À l’ère du triomphe des process, la créativité est un vilain défaut et l’échec, une preuve d’incompétence (bien qu’il y ait des exceptions). À entendre tous ces cadres confesser leur désarroi, leur sentiment d’inutilité, à les voir si tristes, on mesure combien la vie qui ne se risque pas, s’étiole à petit feu. Certains d’entre eux considéreront leur job comme un gagne-pain et trouveront leur bonheur dans une autre voie, certains d’entre eux plaqueront tout pour devenir des indépendants et d’autres sombreront dans la déprime ou le burn-out. Ils ne s’effondrent pas parce qu’ils travaillent trop, mais parce qu’ils travaillent coupés d’eux-mêmes ou de leur talent propre, de leur possibilité d’expression. Si leur métier leur permettait de s’accomplir, ils pourraient travailler plus encore sans faire de burn-out.

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« Voilà la vraie menace : à force de ne pas oser échouer, échouer tout simplement à vivre ». Au fond, il faut réussir à échouer. Même pas pour en tirer des leçons. Juste pour avoir la preuve que nous sommes capables de sortir de notre zone de confort et pour découvrir que la vie a plus de goût ainsi.

Chapitre 11 : Comment apprendre à oser ?

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Il y a quatre axes pour apprendre à oser :

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1. Accroitre sa compétence
2. Admirer l’audace des autres
3. N’être pas trop perfectionniste
4. Se souvenir que l’échec sans audace fait particulièrement mal

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Lorsqu’un sportif s’autorise un coup de maître, c’est parce qu’il a appris une quantité de gestes simples. Il faut répéter et répéter encore pour s’autoriser à sortir de la répétition.

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La première condition de l’audace est en effet d’avoir de l’expérience, accroitre sa compétence, maitriser sa zone de confort pour oser faire le pas de plus.

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Celui qui n’a qu’une petite expérience, n’osera pas beaucoup. Celui qui a une grande expérience ne peut malgré tout s’y référer entièrement, il est aussi obligé d’écouter son intuition. L’audace est donc un résultat : on ne nait pas audacieux, on le devient. Il faut être compétent pour dépasser sa compétence et se découvrir capable d’audace.

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Oser s’apprend aussi en regardant l’audace des autres. Elle nous rassure en nous prouvant qu’il est possible de devenir soi. Les grands audacieux sont de grands admirateurs. Ils admirent chez l’autre sa singularité et ne la copient pas mais s’en inspirent. Nous pouvons redouter à ce titre de vivre une époque dans laquelle les télé-réalités mettent en avant des personnages sans talent ni charisme qui deviennent des références pour nos jeunes. C’est notre propre audace, notre propre créativité que nous menaçons en n’ayant plus personne à admirer.

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Mais pour réussir à oser, il ne faut pas être trop perfectionniste. Combien d’entre nous sont restés paralysés à l’idée de faire quelque chose de nouveau, de sortir de leur zone de confort ? Il faudrait leur dire que l’action (et seule l’action) libère de la peur. Alors que le perfectionniste se cache derrière l’idée qu’il faut tout savoir pour se lancer, l’audacieux osera faire fi de certaines de ses connaissances pour oser.

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Pour libérer noter capacité d’audace, il faut enfin se rappeler en toute occasion cette évidence : les échecs rencontrés sans avoir rien osé sont encore plus difficile à vivre. Qui ne s’est jamais retrouvé une soirée entière sans oser aborder une personne attirante ? Cette personne partie, l’échec avéré, nous constatons que nous aurions préféré, quitte à échouer, avoir au moins essayé.

Chapitre 12 : L’échec de l’école ?

On retrouve derrière ce chapitre 4 invariants :

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1: l’école n’encourage pas assez la singularité
2: les élèves sont invités à travailler leurs faiblesses plutôt que leurs forces.
3: l’entreprise est souvent méconnue des enseignants
4: l’école ne parvient pas à valoriser des savoirs utiles

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Premièrement, notre école n’encourage pas la singularité. Les élèves sont rarement félicités pour leur manière de se tromper. Il faudrait pourtant souligner l’originalité de leur erreur, ce serait une manière de comprendre qu’il n’est pas déshonorant de se tromper. L’enseignant devrait prendre plus de temps pour s’arrêter sur l’échec. Au lieu de cela, il a souvent tendance à passer en vitesse à la suite du cours, comme si l’échec était honteux. Il nous faudrait également valoriser ce qui est su au lieu de se focaliser sur ce que l’élève ne sait pas. Si on se tourne vers d’autres systèmes scolaires, on sera étonnés de voir à quel point ils sont différents : les finlandais ont jusqu’à l’âge de 9 ans pour apprendre à lire. Ils ne reçoivent aucune note avant l’âge de 11 ans. A partir de l’âge de 13 ans, ils construisent leur cursus en choisissant jusqu’à 6 matières optionnelles. A 16 ans, ils composent entièrement leur programme… Là où l’enseignant français voit un exercice raté, l’enseignant finlandais voit une indication pour orienter l’élève vers le lieu d’expression de son talent.

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Deuxièmement, dans nos écoles, les élèves sont invités à travailler leurs faiblesses plutôt que leurs forces. On a tendance à se focaliser sur l’échec et à tout faire pour que l’élève soit appliqué et dans la norme ; pour qu’il gomme tous ses échecs. Les élèves assez bons partout sont préférés aux élèves excellents dans certaines branches et faibles ailleurs. Alors, tout naturellement se pose la question suivante : que faut-il pour réussir son existence ? Ne pas avoir de points faibles ou avoir des points forts ? Etre moyen en appliquant des méthodes partout sans se tromper ou assumer sa singularité jusque dans ses forces et ses faiblesses ?

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Troisièmement, les enseignants n’ont plus aucun contact avec les entreprises. La réalité de terrain de l’avenir du jeune est donc méconnue de ses enseignants. Aux Etats-Unis, les grands chefs d’entreprise viennent à la rencontre des jeunes lycéens pour leur insuffler l’audace nécessaire à prendre leur vie en main en devenant indépendant. Certaines tentatives sont faites en France, mais les entrepreneurs remarquent que la peur d’échouer reste le frein principal de notre jeunesse.

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Quatrièmement ; nous ne savons pas valoriser les savoirs utiles. Il faudrait partir de ce que les élèves pourront faire de leurs connaissances pour les y intéresser. La question essentielle n’est pas que sais-je, mais que vais-je faire de ce que je sais ? « Dans une vision audacieuse de l’existence, le savoir doit être présenté comme ce qui aspire à être dépassé ; les connaissances comme ce qui délimite une zone de confort dont il faudra sortir ».

Chapitre 13 : réussir ses succès

S’il nous faut utiliser nos échecs, il nous faut également apprendre à nous méfier de nos succès pour ne pas nous y complaire et nous y identifier de façon excessive. S’il est désastreux de se définir par ses échecs, il peut être dramatique de se réduire à ses succès. Le secret des grands sportifs est qu’ils regardent leurs succès comme nous devrions aborder nos échecs : en continuant à chercher, à s’interroger. Ils ne se laissent jamais enfermer dans une idée ou une image d’eux-mêmes.
Pour ne pas perdre la tête dans l’ivresse du succès, il ne faut jamais perdre de vue que la seule réussite qui compte est celle de notre aventure humaine et que le véritable enjeu est celui d’être à la hauteur de cette humanité, dans le succès comme dans l’échec.

Chapitre 14 : La joie du combattant

La joie du combattant

Nous savons tous que les victoires faciles apportent moins de satisfaction, moins de bonheur que les victoires obtenues après de vrais efforts. C’est flagrant dans le témoignage d’André Agassi qui, après avoir dominé le tennis mondial dans les années 90 a connu un terrible passage à vide, une longue descente aux enfers dans la drogue et la dépression. Cette dépression peut d’ailleurs être vue comme une infidélité à lui-même (cfr chapitre 7) puisqu’il confessera avoir été entrainé par un père obsessionnel qui ne lui a rien fait connaitre d’autre que le monde du tennis. Il lui faudra un événement tragique (la fille de son meilleur ami qui se fait renverser par une voiture) pour comprendre que la vie est faite pour donner de l’amour aux êtres qui comptent. La fille de son meilleur ami se remettra et André Agassi se remettra au tennis mais avec cette fois un but : créer une fondation pour enfants défavorisés. En Juin 1999, quand, après des mois d’entrainement intensif pour revenir au niveau, il remporte Roland Garros, sa joie est immense. Incommensurable à toutes ses autres victoires. C’est parce qu’il revient de loin que sa joie est si grande. Elle comporte toutes les étapes de sa vie, belles et douloureuses, tous ses choix, bons et mauvais et tous ses échecs. Ce sont ses échecs qui contribueront finalement à la profondeur de sa joie…

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La joie de vivre

Lorsqu’on a gouté les épreuves, on connait le goût des plaisirs simples. Tant de patrons, n’ayant jamais connu l’échec vivent dans le stress et la crainte (peur d’échouer), devenant odieux avec leurs collaborateurs. A contrario, les entrepreneurs ayant déjà connu des échecs sévères ont été forcés de relativiser et deviennent donc des décideurs plus sereins.

La joie dans l’adversité

Il s’agit de l’enthousiasme que certains continuent à montrer malgré les échecs.

La joie du « progrediens »

Il s’agit d’un terme utilisé par les philosophes antiques pour désigner un homme qui, n’étant pas encore arrivé à la perfection, s’améliore chaque jour. On peut prendre l’exemple de J.K.Rowling (auteure d’Harry Potter), qui, étant dans une situation financière précaire, trouve la force de travailler et dès lors, la joie de s’améliorer chaque jour à progresser dans son job d’écrivain.

La joie mystique

Il faut savoir abandonner ce qui nous rend superficiellement heureux pour toucher à l’essentiel. La difficulté de la vie peut nous conduire à cet abandon et nous offrir cette rencontre avec l’essentiel. L’échec le plus radical amène alors la réussite la plus totale.

Chapitre 15 : l’Homme, cet animal qui rate

Aucun animal n’échoue à construire son nid, il agit d’instinct. Un Homme en pleine forêt aura grande peine à construire un abri. « Ce qui se constate au niveau de l’espèce se constate également sur le plan individuel : plus nous échouons, plus nous apprenons et découvrons. Parce que nos instincts naturels ne sont pas suffisamment forts pour nous dicter notre comportement, nous procédons par essais successifs, développons des raisonnements et des savoir-faire, inventons, progressons. Les choses sont moins simples pour le petit humain que pour tout autre jeune animal, mais cette difficulté nous élève au-dessus d’eux. Moins déterminés par notre code naturel, nous rencontrons plus d’obstacles mais, en les franchissant, nous allons plus loin que s’ils n’avaient pas existé. »

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« Chaque fois que nous doutons de la vertu de nos échecs, que nous nous sentons blessés ou amoindris, nous devrions nous souvenir de ce qui fait notre humanité : nous nous distinguons des bêtes parce que nous savons faire une force de nos échecs. De tous nos échecs. »

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Enfin, nous sommes des êtres de désir. Les autres animaux, n’ont que des besoins, une fois ceux-ci comblés, ils n’ont plus besoin de rien. Il n’en va pas de même pour nous, quand nos besoins primaires sont satisfaits, nous voulons combler des désirs. À peine en avons-nous satisfait un qu’un autre lui succède : nos désirs sont insatiables. Désirer, c’est désirer l’impossible. Et c’est heureux, parce que, si nous pouvions satisfaire ce désir, notre quête prendrait fin et notre créativité s’épuiserait. Nous serions sereins, mais sans ce manque qui nous rend si actifs, si vivants.

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« La différence homme-animal réside peut-être là. Les animaux ne consacrent pas leur vie à la poursuite d’un impossible. Nous, si. C’est même ce qui fait le sel de notre existence. »

Chapitre 16 : Notre capacité de rebond est-elle illimitée ?

Dans ce livre, deux conceptions de l’échec s’opposent :

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1. Si l’échec est vu comme une chance de rebondir et de se réinventer, nous sommes dans une logique du « devenir ». C’est une vision existentialiste (Sartre) : il faut, en cas d’échec, se demander ce que nous pourrions devenir.
2. Si l’échec est vu comme un acte manqué révélant la force d’un désir inconscient, nous sommes dans la logique de « l’être ». C’est une vision psychanalytique (Freud et Lacan) : il faut, en cas d’échec, se demander qui nous sommes, quel est notre désir profond.

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Face à cette opposition, 3 attitudes sont possibles :

1. Choisir son camp: croire dans une seule des deux visions.
2. Distinguer les âges de la vie : croire en une vision existentialiste étant jeune et s’interroger sur son désir en vieillissant.
3. Tenter un déplacement de l’opposition : essayer de se réinventer le plus possible, mais dans le respect de son désir. Utiliser ses échecs pour se rapprocher de son essentiel. Ne pas se laisser enfermer dans des échecs (rebondir), mais sans trahir ce qui compte vraiment pour soi.

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Notre capacité de rebond n’est pas infinie, nous portons en nous l’héritage de nos vies (« nous sommes les enfants de notre enfance »), mais une fois que nous prenons la mesure de cet héritage, nous pouvons encore danser autour de cet axe. « Il faut connaitre le sol pour pouvoir y planter un arbre qui grandisse. Nos échecs peuvent nous aider à connaitre la nature de ce sol. A nous d’en prendre acte, et d’apprendre à danser. »

Conclusion

« Le mot « échec » viendrait de l’arabe « al cheikh mat » qui a donné « échec et mat » et signifie «le roi est mort». Ce livre a été écrit pour prouver le contraire : lorsque nous échouons, le roi en nous ne meurt pas. Il se peut même qu’il prenne conscience de sa puissance à cette occasion. » L’échec n’est pas agréable, mais il a l’intérêt d’ouvrir une fenêtre sur le réel, de nous confronter au réel, ce qui nous permet de nous rapprocher de notre désir profond.
A moins que le mot « échec » ne vienne du vieux français « eschec » qui signifie « butin ». Nos échecs sont en effet des butins. « Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir, et les partager pour en estimer le prix ».

Critique de « Les vertus de l’échec ».

Ce livre est difficile à résumer, tant chaque passage nourrit notre bien-être. Chaque passage guérit un peu notre « maladie française » (belge, espagnole, luxembourgeoise…) de la crainte de l’échec. Je conseille ce livre à tous les parents, à tous les enseignants, à tous les dirigeants (en particulier ceux qui rédigent les fameux programmes de l’enseignement !) et tout simplement à tout un chacun. Il fera autant de bien au jeune qui panique tant à l’idée d’être évalué, qu’au parent qui attend tant des notes d’un bulletin, qu’au travailleur qui espère tant un autre métier sans jamais oser en changer… Personnellement, initialement convaincue de la maxime « Quand on veut, on peut », je me réjouis de pouvoir maintenant la transformer en « Quand, dans la fidélité de notre désir, on veut, alors, vraiment on peut ».

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Si vous n’êtes pas encore convaincus de la nécessité de lire ce livre, sachez qu’il est rempli d’exemples concrets de personnes célèbres, ce qui le rend particulièrement facile et agréable à lire. Par ailleurs, il est structuré en de nombreux chapitres, vous pourrez donc survoler ceux qui vous intéressent moins, mais franchement, je parie qu’il n’y en aura pas beaucoup!

Bref! Tous chez votre petit libraire du coin ! Votre nouvelle vie peut commencer demain !

Ce serait sympa de me laisser un commentaire avec votre expérience de l’échec. Le but étant de pouvoir, si vous êtes d’accord, la partager avec mes élèves. Le message passe tellement mieux quand il est donné sous la forme d’une expérience vécue! Si vous n’avez pas le temps mais que ce livre vous intéresse, laissez un pouce bleu au bas de l’écran, merci!

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Filez acheter ce livre, lisez-le et venez partager votre enthousiasme avec moi. Merci et à bientôt!

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1 commentaire sur “Les vertus de l’échec de Charles Pépin

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